
Alakabon Théâtre est une jeune compagnie créée à l’initiative de trois personnalités du monde de théâtre de Guinée: IBRAHIMA BAH, dit IBRO (artiste comédien, directeur artistique de la compagnie), OUMOU TELLY DIALLO (actuelle directrice adjointe du CCFG) et ANSOUMANE CONDE (metteur en scène et directeur du Ballet Djoliba). Ibro est venu au théâtre par le cinéma avec « Quelque part vers Conakry » de Françoise EBRART (Les films de l’écluse, primé Caméra d'Or à Cannes en 1992), il a été de toutes les grandes créations de plusieurs compagnies en Guinée et particulièrement celles de la troupe nationale.
LES CREATIONS DE ALAKABON THEATRE : 2002 L’Afrique en Morceaux de Williams Sassine, adapté et mis en scène par Ansoumane Condé. 2004 Le Mariage par colis de Binta Anne, adapté par Ansoumane Condé et Ibrahima Bah (Ibro) et mise en scène par Ibrahima Bah (Ibro). 2007 Le Zéhéro … du roman le Zéhéro n’est pas n’importe qui de Williams Sassine, adapté par Fifi Tam’sir Niane Bangoura et Ibro, dirigé par Fifi Niane et mis en scène par Fifi Niane et Ibro..
Un projet de longue haleine : traduire les écritures nécéessaires
Le projet artistique de la Cie, très vite, s’est concentré sur la mise en valeur de l’écriture théâtrale contemporaine africaine, avec, en son centre, l’œuvre de Williams Sassine. Lors de ses différents déplacements, en Afrique ou en Europe, l’équipe d’Alakabon a régulièrement tissé des liens avec des auteurs et dramaturges qui partagent les mêmes préoccupations : mettre en lumière les récits du continent, les esthétiques et les questionnements littéraires, chercher à valoriser les œuvres ou les auteurs trop peu mis en scène, donner à entendre et comprendre des pensées artistiques en renouvelant leur adaptation et interprétation, former le public guinéen au théâtre contemporain. Depuis 2008 Alakabon souhaite formaliser un projet ambitieux intitulé « la constellation Sassine », prévu pour s’étendre sur 4 ans, et qui se propose d’adapter toute l’œuvre de l’écrivain guinéen en tentant pour chaque roman, chaque recueil de nouvelles, chaque pièce de théâtre, chaque compilation de ses chroniques, de réunir des équipes artistiques francophones spécifiques. Trouver la forme de théâtre la plus appropriée, l’écrin pour chaque perle. Ces équipes associeront les dramaturges complices de la Cie, des metteurs en scènes différents, afin d’expérimenter des démarches théâtrales singulières pour chaque production. Apprendre à réapprendre et désaprendre ce qui a été appris, pour construire un théâtre en mouvement, toujours en questionnement. C’est aussi parce que l’œuvre de Sassine est traversée par l’errance, parce que, par bien des aspects, elle revêt une dimension où l’altérité est centrale (sa double origine, ses exils en Mauritanie, au Sénégal, en France, …) tout en relevant de l’universel, mélangeant les cultures, que le projet de la Cie, porté par Ibrahima Bah trouve des échos passionnés auprès des artistes rencontrés ces dernières années. L’œuvre de Sassine, à plus d’un titre, traite de l’histoire moderne de l’Afrique : ses dimensions sociales, ses contradictions, sa quête identitaire, ses enfants perdus, sa recherche d’issues. Rares sont les œuvres aussi cohérentes, autant traversées d’une humanité écartelée, à ce point miroir de nos sociétés.
Les œuvres qui feront l’objet de ce travail sont les suivantes : Wirriyamu, roman paru en 1976, Le Jeune homme de sable, roman de 1979, Mémoire d'une peau publié en 1998, l’Afrique en Morceaux, le Zéréhéo n’est pas n’importe qui. Si plusieurs de ces œuvres ont déjà fait l’objet de mises en scène (Saint Monsieur Baly, roman publié en 1973), certaines demeurent invisibles, c’est le cas de Wirriyamu, Le Jeune homme de sable ou encore Mémoire d'une peau. L'Alphabête, écrit en 1982, Légende d'une vérité, parus en 1995, Les indépendan-tristes (montage de textes, réalisé par Jean-Claude Idée en 1997) et
Il s’agit de procéder en deux temps.
- Le premier consiste à reprendre les deux pièces de Sassine que la Cie à montées : Le Zéhéro…, et L'Afrique en morceaux, afin d’affiner leur dimension, de retravailler la scénographie et l’interprétation, particulièrement importante puisque c’est sur la performance d’acteur que reposent les deux monologues. Donner toutes leurs chances à ces deux spectacles pour qu’ils rencontrent le public européen est également l’objectif poursuivi. Il n’y a, on le sait, aucune commune mesure entre l’économie du spectacle théâtral en France (conditions de création, moyens de production, réception du public, jusqu’aux codes théâtraux ou options scénographiques qui en sont affectés) et l’économie avec laquelle Alakabon a monté ses créations.
Pour Alakabon, comme pour de nombreuses autres compagnies théâtrales du Mali, du Burkina, du Cameroun, du Togo ou du Sénégal, il s’agit de jouer sur deux fronts : celui des publics naturels, au pays, dans les pays voisins, et celui des publics et opérateurs du Nord. Ce sont donc des stratégies nouvelles que mettent sur pied les auteurs, metteurs en scènes, comédiens dans des Cies africaines, à l’instar de ce que font les artistes amis tels qu’Adama Traoré au Mali, Ousmane Aledji au Bénin, Dieudonné Niangouna à Brazzaville, ou encore les Récréâtrales à Ouagadougou. C’est dans cet esprit qu’en collaboration avec FRONTAL, Alakabon a remis en chantier l’Afrique en morceaux et le Zéhéro, avec la collaboration du metteur en scène catalan Alberto Garcia Sanchez, qui vit en Belgique, pour le premier spectacle, et avec Binda N’Gazolo, metteur en scène camerounais (il a travaillé en Côte d’Ivoire avec les Vogos Soutras, le Centre Ki-Yi M’bock d’Abidjan, au CCF de Lagos, ou encore avec Eva Doumbia en France -Francophonies de Limoges), qui vit en France, pour la seconde pièce.
- Le second consiste à planifier la production de deux créations à partir de 2009-2010, celle d’abord du Jeune homme de sable (voir synopsis plus loin), printemps, été et automne 2009, et celle ensuite de Mémoire d’une peau (voir synopsis plus loin), fin 2009 et début 2010. Il s’agit de deux romans. La complexité de l’œuvre romanesque de Sassine oblige à un important travail d’immersion dans ces œuvres, pour dégager les lignes de force qui vont permettre l’adaptation théâtrale la plus juste. Transformer un roman en pièce de théâtre passe par une phase d’écriture, de découpage, de filtrage, pour parvenir à extraire une dramaturgie qui soit à la fois proche du récit romanesque, la plus fidèle, et à la fois la plus « jouable », habitable pour que s’y glisse l’art théâtral. C’est avec l’auteure Caroline Girard, que va s’effectuer les phases d’adaptation des deux romans, en débutant par celle du Jeune homme de sable, durant l’automne 2009.
Synopsis du Jeune homme de sable
Au travers d’Oumarou, W. Sassine taille le portrait du fils aîné d’un député dans le contexte d’un régime totalitaire violent et ravagé par la sécheresse. Oumarou, fils unique de sa mère maltraitée est anticonformiste. Il est de toutes les luttes syndicales de son lycée, il côtoie les mendiants, rongé par une sourde révolte qui l’empêche d’accepter le legs désastreux des pères, la corruption institutionnalisée au niveau d’un pays, la répression ou l’injustice sociale.
Protégé à son insu des représailles du pouvoir en place par son père, des proches paient à sa place le prix de cet engagement politique, alors qu’Oumarou, impuissant, sombre dans l’alcoolisme et une forme de schizophrénie.
Williams Sassine a l’habileté de présenter d’autres portraits de personnages aux profils différents allant du père d’Oumarou, politicien ambitieux à Bandia, baroudeur et musicien de kora de talent au service de la famille d’Oumarou, ou encore Tahirou, ancien collègue de classe du Guide suprême, opposant à ce dernier et surtout mentor d’Oumarou, ou encore le portrait du père d’Ousmane, infirme de son état et dont le fils unique n’a pas survécu aux geôles du guide.
Dans un roman aux sonorités éparses, le propos de Sassine interpelle une certaine jeunesse africaine sur sa responsabilité : celle d’avoir prise sur sa destinée, celle d’accepter la révolte sourde qui gronde en elle, celle d’avoir prise sur son avenir sans rechercher des boucs émissaires en d’autres lieux. La lutte ne peut-être entreprise par ceux qui ont faim. C’est le cas d’Ousmane, dont l’unique priorité est de réussir ses études pour subvenir aux besoins de son père invalide. En narrant d’ailleurs la relation d’Oumarou avec son père, le roman atteint une intensité et un réalisme déroutants. Sous la plume de Sassine il n’y a pas une représentation manichéenne du bien et du mal, mais des situations délicates auxquels les acteurs doivent faire face en choisissant parfois l’horreur.
A propos de Williams Sassine
Texte de Makhily Gassama, in Africultures
« C'était avec stupéfaction que nous avions appris, à Paris, par une dépêche de l'historien guinéen Djibril Tamsir Niane, la mort de Williams Sassine. La perte demeure et demeurera inestimable parce que cet enfant de Guinée est sinon le meilleur, en tout cas un des illustres romanciers africains de sa génération. Mais, dit-on, un génie ne meurt pas : il vit à travers chaque mot, chaque image, chaque page de son œuvre ; il est en communion avec ses lecteurs de génération en génération. Dialogue dynamique. Dialogue constructeur. Dialogue éternel. Bonjour donc, Williams Sassine ! Vois-tu, d'un côté, les grands bâtisseurs d'empires et de royaumes, aux ambitions démesurées, qui rêvaient déjà de l'unification du continent africain et Soundjata - lui, toujours lui, grand dans ses desseins, magnanime dans ses gestes -, admirait et jalousait les ambitions de conquête d'Alexandre le Grand, connu alors sous le nom de Dioulou Kara Naïni, "l'avant-dernier conquérant" de l'univers alors que l'invincible Empereur du Mali en était, disait-on, "le septième et dernier conquérant". Ces "enfants noirs" étaient audacieux, téméraires et fiers de leur continent et de leur race. Almamy Samory n'avait-il pas emmuré à mort son fils aîné, le vaillant Karamoko, héritier présomptif de sa gloire, qui osa vanter, à son retour de France, devant lui, - lui l'Almamy, le Simbon du Mandé ! -, sous son regard chargé d'éclairs, la puissance de la civilisation française, de la civilisation technicienne ? Et de l'autre côté ? Là, des éminents érudits, peu connus des générations des "Indépendances", des poètes et des poétesses talentueux, des intellectuels qui méritent d'être mieux connus sur le continent ; car l'étude attentive de leurs œuvres aurait la vertu, te disais-je sans la moindre hésitation, de nous rendre - nous autres intellectuels sortis de l'Ecole étrangère, "bedonnants de diplômes" inefficaces, ridiculement fiers d'un savoir que nous ne réussissons pas à digérer pour l'assimiler et le mettre en pratique, au service de notre continent -, de nous rendre, disais-je, certainement moins arrogants, plus humbles et plus responsables. Je sais que tu en avais toujours voulu à nous autres, citoyens des "Indépendances", qui n'avons pas su être à la hauteur de la tâche. Je sais que tu te sentais "malade du présent", de notre présent, que tu pensais que "douter d'aujourd'hui, c'est apprendre à avancer à coups de révoltes". Je soutenais, devant la puissance lucide et tranquille de tes accusations, que nous ne sommes rien de moins qu'une courte parenthèse dans l'histoire du continent, que nous bénéficions, aussi fragiles qu'elles soient, de quelques circonstances atténuantes, que l'Afrique renaîtra, que la grande Afrique sera… Un vulgaire conte de fée ? Que non ! J'étais sérieux. Que sais-je encore ? Je sais aussi que tu as sincèrement pensé et audacieusement écrit : "Je rassemblerai tous les malheureux et ensemble nous réinventerons le bien et le mal, la justice, l'égalité" . Vaste tâche, Williams Sassine ! Tâche titanesque, noble héritier de l'Empereur Soundjata Keita - le redoutable Simbon, le légendaire chasseur-guerrier du Mandé -, de Soumaoro Kanté - le téméraire et terrifiant Roi-Sorcier ! Te souviens-tu, Williams plusieurs fois assassiné par nos cruautés et par notre insouciance d'anciens colonisés - honteusement irresponsables - et par notre arrogance et notre barbarie de nouveaux parvenus, héritiers des colonisateurs de nos terres et de nos âmes, te souviens-tu de mes propos dans la fraîcheur du soir, sous un ciel qui réveille l'envie de "cueillir les étoiles", comme dit si bien un de tes personnages ? Je te parlais des grands bâtisseurs de Guinée et je te disais que sur cet humus fertile, ont poussé d'éminents hommes de culture et de grands artistes : outre les érudits arabophones, je citais, parmi les contemporains et parmi tant d'autres, Fodéba Keita, Laye Camara, Sori Kadian Kouyaté, Ibrahima Baba Kaké, Djibril Tamsir Niane, Tierno Monénembo, toi-même, Williams Sassine. Je sens encore ton sourire moqueur à l'annonce de ton nom. Pourtant, tu n'as cultivé que l'excellence dans les Lettres africaines. Aussi, appartiens-tu à la race des seigneurs, toi qui n'as jamais su tricher. Ton pays est béni, ajoutais-je. Quel mortel oserait soutenir le contraire sans provoquer le courroux de ces saints du Fouta Djallon et de Kankan qui reposent dans la fertile terre de Guinée ? Ah oui, nous parlions de Dieu ou, plus exactement, je te parlais du Créateur ! Je te parlais de ce merveilleux pays que constitue le Sénégal à travers son histoire, où le dialogue entre les hommes, entre les ethnies, entre les races, entre les religions est loin d'être une fiction : il est une réalité palpable quotidiennement. Et je te disais et redisais sans cesse ce magnifique verset de la Sourate II du Coran, qui prêche la tolérance -, quelle émouvante tolérance ! - : "Certes, ceux qui croient et ceux qui suivent la religion juive, et les chrétiens, et les sabéens, en un mot quiconque croit en Dieu et au jour dernier et qui aura fait le bien : tous ceux-là recevront une récompense de leur Seigneur ; la crainte ne descendra point sur eux, et ils ne seront point affligés." Ce verset est sans ambiguïté : oui, tous ceux qui savent qu' "il n'y a point d'autre dieu que Lui, le Vivant, l'Immuable" sont dans la même barque, une barque qui navigue sous pavillon divin. Voilà ce que mon pays, depuis des siècles, à travers les vicissitudes de l'Histoire, a compris et voilà pourquoi les fidèles de la confession la plus répandue, fermement soutenus par leurs Ulémas, ont osé placer à la tête du jeune Etat sénégalais un enfant issu de la minorité religieuse et ethnique. Oui, premier Chef d'Etat de notre jeune République ! Pourquoi cet enfant précisément ? Parce qu'il était grand non pas par la taille, mais par l'esprit et par le cœur, parce qu'il était patriote, parce qu'il était juste, parce qu'il était un infatigable bâtisseur. Quelle clairvoyance ! C'est là toute la grandeur de ce peuple du Sahel. Noble geste. N'est-ce pas beau comme une œuvre d'art ? Et tu souriais, tu souriais toujours. Je te disais que ton œuvre est étrangement moderne, dans le sens que Charles Baudelaire donnait du mot de modernité, c'est-à-dire "le transitoire, le fugitif, le contingent, la moitié de l'art, dont l'autre moitié est l'éternel et l'immuable". Comme tu savais naviguer entre les deux, Williams ! Comme tu savais les malaxer pour en faire une mixture précieuse, un breuvage sacré, une ambroisie. La poétesse guinéenne Zeinab Koumanthio Diallo m'a dit, dans un ton confidentiel, que tu as rendu ton dernier soupir la plume à la main, toi le "combattant suprême" ! Et l'on comprend que la vieille Sorbonne portât le deuil. Sous la direction du Professeur Jacques Chevrier de la Sorbonne, alors responsable du Centre international d'Etudes francophones, éminent spécialiste de la littérature nègre de langue française, un hommage solennel a été rendu, à l'Université Paris-Sorbonne, durant toute la journée du 2 avril 1997, à ta mémoire. Au cours des travaux que j'ai eu l'honneur et le plaisir de présider en dépit de ton sourire moqueur que je sentais peser sur moi, j'ai insisté, comme toujours - t'en souviens-tu ? -, sur l'impossibilité de cerner ta personnalité parce que fuyante, parce que certes bruyante, mais opaque. Son opacité jure avec la transparence de ton œuvre. Je te voyais sourire comme pour nous dire dans ce savoureux accent guinéen : "Pauvres exégètes, que savez-vous de ma vie, la vie d'un homme qui n'est ni de la savane claire - avec ses pensées agressivement ou hypocritement transparentes - ni de la forêt sombre - avec ses énigmes, ses pensées sinueuses ou muettes - ; que savez-vous de cette vie, de ma vie que je n'ai jamais livrée ? Parmi vous, j'ai tout simplement tenté d'être un homme, à l'instar de ce personnage de "La Peste" d'Albert Camus ; mais, comme lui, je me suis aperçu que c'était trop ambitieux ; je n'ai jamais renoncé, mais je ne pense pas y être parvenu. Que d'obstacles !" Oui, ainsi tu avais vécu, Williams Sassine, ainsi tu te serais adressé à nous, ce jour-là, si ta voix pouvait nous parvenir. La critique a beaucoup épilogué sur l'origine de ta révolte. Elle a pensé à ton père venu du Liban et à ta maman, pur produit du Mandé. Cette révolte, dit-elle, proviendrait des troubles engendrés par le métissage, toi si ancré dans les valeurs guinéennes, toi authentique Malinké de Kankan ! Fausse piste. Les sources profondes de ta révolte sont à rechercher ailleurs. Le Vénézuélien José Leonardo Chirino, au XVIIIe siècle, certainement le vrai précurseur du socialisme bien avant Claude Henri de Saint-Simon dont la première œuvre importante, "Lettres d'un habitant de Genève à ses contemporains", ne date que de 1803, Charles Fourier dont les idées ne sont connues qu'à la même date ou Robert Owen dont les idées ne sont mises en œuvre qu'en 1824, était bel et bien un "zambo", fils d'un esclave noir et d'une femme indienne ; pourtant, s'il a pris, en 1795, la tête d'une insurrection d'esclaves, alors que lui-même était un homme "libre", c'était, sans conteste, pour la défense des droits des Afrovénézuéliens "dans leur travail de sauvegarde de l'héritage nègre dans la société vénézuélienne". Le professeur Fulvia Polanco a certainement raison de soutenir que "José Leonardo incarne les valeurs de liberté, d'équité, de solidarité", et qu'il ne s'était pas battu pour défendre une cause personnelle, mais une cause collective : celle des Afrovénézuéliens. Comme lui, Williams Sassine, tu es un métis ; comme lui, tu as sacrifié ta vie à la défense des valeurs de liberté, d'équité et de solidarité ; comme arme, il avait l'épée ; comme arme, tu avais la plume ; et tu as donné ta vie à l'Afrique, comme il avait donné sa vie aux esclaves de son pays, au peuple muet et souffrant. Gloire à vous ! Révolté ? Assurément. Révolté contre la bêtise humaine, contre le "monstre immonde". La nausée. Tout la provoquait autour de toi, sous ces "chauds soleils des Indépendances", qui "grillent" tout, même nos valeurs les plus sacrées, pour reprendre les expressions d'Ahmadou Kourouma, cet autre écrivain, un Ivoirien, ton voisin, ton frère. Au vrai, tu as raison, indomptable enfant de Guinée. Tu as raison car, durant ta vie faite de renoncements téméraires et incompréhensibles, tu as su, je ne sais par quel art, te taire sur l'essentiel pour laisser parler ton œuvre (9). Et cette œuvre est là, entre nos mains, pour des générations, de siècle en siècle : tu vis, tu es immortel. Et ainsi, grâce à ton œuvre, comme tu le soutiens si justement et si généreusement dans un de tes romans, "tu donneras tout le temps aux autres le courage d'agir contre le mal, tout le temps tu parleras aux autres : c'est ça l'immortalité". Makhily Gassama